Renouveler ma cotisation
Zoopsy comportementalistes
Accueil veterinaires comportementalistes Chiens dangereux veterinaires comportementalistesDossier chiens dangereux

Dossier chiens dangereux

27 juin 2006

Imprimer

Les vétérinaires comportementalistes ont souhaité prendre part au débat qui s'est instauré après les derniers accidents impliquant des chiens et la déferlante médiatique qui s'en est suivie.

Dans leur pratique quotidienne, les vétérinaires comportementalistes doivent évaluer des animaux ayant présenté des séquences d'agression et prendre la délicate décision de traiter ou non. Leur diplôme, délivré par les quatre Ecoles Vétérinaires et reconnu par l'Ordre des Vétérinaires depuis 1998 les prépare à cette évaluation.

Représentant ces vétérinaires comportementalistes, nous faisons plusieurs constats et plusieurs propositions.

 

CONSTAT 1

Le nombre de morsures et d'accidents n'a pas diminué depuis l'application de la loi sur les « chiens dangereux » en 2000, en tout cas par le recoupement des chiffres dont nous pouvons disposer, aucun enregistrement systématique n'existant à ce jour. Dans le département du Var ce chiffre est stable depuis les 6 dernières années. (Source Direction des Services Vétérinaires du Var). Même s'il est difficile à chiffrer précisément, le nombre de morsures et notamment de morsures graves nécessitant une réparation chirurgicale chez l'enfant reste trop élevé. Il faut donc prendre des mesures pour enrayer ce phénomène.

A ce jour, il n'existe pas de preuve scientifique qu'une race présente plus de comportements d'agression avec morsure qu'une autre (D.Planta, Vancouver, 2001). Il faut entendre par là le fait que les études réalisées n'indiquent pas qu'il y ait des races ayant "instinctivement" une plus grande tendance à agresser l'être humain et à le mordre que les autres.

L'équipe de l'hôpital Trousseau qui a analysé 4 années de morsures présentées aux urgences souligne à quel point la race n'est pas un facteur déterminant. Quand des études pointent la fréquence particulière d'une race, c'est généralement le Berger Allemand qui est le plus représenté, ceci étant dû à sa forte population de par le monde. (Source Université de Montpellier – CHU de Lille – Hopital Trousseau - American Veterinary Medical Association)
On relèvera qu'il a été démontré que les Retrievers (Labrador, Golden) mordent tout autant les personnes de leur entourage que la moyenne des chiens, contrairement à une idée encore largement répandue.

L'étude de U. Horisberger a établi que les petits enfants ne sont pas moins blessés par les petits chiens que par les grands chiens. Elle a aussi démontré que les petits enfants (0-4 ans) sont plus touchés que les autres victimes par les petits chiens.

Enfin, le fait de définir des "races dangereuses" s'accompagne d'un effet pernicieux qui peut être à l'origine d'accidents, notamment d'accidents dramatiques pour des enfants. En effet, il apparaît que l'établissement de listes de "races considérées dangereuses" a pour corollaire de laisser croire à de nombreuses personnes que les races "non listées" ne sont par conséquent pas dangereuses et donc de créer un faux sentiment de sécurité.

Depuis la loi de 1999, aujourd'hui intégrée dans le Code Rural, si le nombre de déclarations de chiens dangereux dits d'attaque (1e catégorie) a bien diminué, les inscriptions des chiens de 2e catégorie (dits de défense) comme les American Staffordshire Terrier ou les Rottweiler ont progressé (jusqu'à être multiplié par 5 pour certaines races) (Source LOF – Statistiques annuelles – Annexe 1).

L'établissement de listes de races prohibées a provoqué un engouement marqué pour des races apparentées mais ne figurant pas dans la loi. Il est vraisemblable que l'extension des listes établies de manière à inclure les races émergentes ne conduirait qu'à un nouveau déplacement du phénomène. En effet, il existe et il existera toujours une race de substitution à celles qui sont interdites par une liste qui ne mentionne qu'un nombre fini de races. De plus, s'il n'existait pas une telle race de substitution, quiconque la souhaite n'aurait aucune difficulté à la créer.

 

CONSTAT 2

Dans notre pratique, les propriétaires de chien ayant présenté des menaces ou été agressés nous appellent en nous disant souvent que cela est arrivé d'un coup et qu'ils ne comprennent pas. Lors de la consultation, nous trouvons quasiment toujours des éléments annonciateurs de cette agressivité. Dans la majorité des autres cas, on rencontre des animaux que des troubles médicaux rendent incohérents. Seul un vétérinaire peut alors poser le diagnostic.

Les accidents de ces derniers jours sont, pour la très grande majorité, survenus avec un chien connu de la victime et dans des lieux privés, cela recoupe nos études (80% des accidents graves ont lieu dans ces conditions) (Annexe 2). Ces chiens avaient le plus souvent donné des signes précurseurs.

Des mémoires, des congrès ont eu comme thème « les chiens dangereux » depuis plusieurs années, les relations constantes et fructueuses que nous entretenons avec tous nos homologues européens et nord-américains nous permet de profiter d'une expérience internationale sur ce sujet.

Chiens dangereux, chiens mordeurs

 

NOS CONCLUSIONS

Les races ne représentent pas une voie d'abord correcte et efficace du problème des « chiens dangereux ».
Il s'agit ici d'une problématique multifactorielle; elle est sous-tendue par des facteurs liés au chien lui-même, à sa lignée (élevage) toutes races confondues, aux caractéristiques de son propriétaire ou de son détenteur, à la situation et aux caractéristiques de la victime potentielle. La solution ne peut être qu'elle aussi multifactorielle.

Il est toutefois urgent de répondre à l'émotion suscitée par les derniers événements et il ne faut surtout pas minimiser le problème.

 

LES PROPOSITIONS DE ZOOPSY

Elles ont été présentées et soutenue par Claude Beata président de Zoopsy le 20 juin au Conseiller à l'Agriculture auprès de la Présidence (et son assistante qui participe aux réunions interministérielles sur le dossier) et le 21 juin lors d'une réunion interministérielle au ministère de l'intérieur, coorganisée avec le ministère de l'agriculture. A cette réunion étaient présents outre Claude le SNVEL, la SPA, la SCC, un représentant des professionnels du chien, le Pr Courreau (Chaire de Zootechnie . Spécialiste en Génétique...), le Directeur de cabinet du ministre de l'intérieur et le directeur de cabinet du ministre de l'Agriculture.

1°/ Participer à un comité d'experts pour réfléchir et mettre au point les futures mesures à partir de la création d'une base de données avec une analyse complète de tous les accidents graves provoqués par des chiens.

2°/ Surtout ne pas aggraver la loi en augmentant le nombre de races concernées par la catégorisation ou en faisant basculer des groupes de chiens d'une catégorie dans l'autre. Ainsi, il nous paraît inopportun de faire passer les croisés Rottweiler en catégorie I.

3°/ Evaluer réellement les chiens dangereux et assortir cette évaluation de recommandations (port de muselière, autorisations limitées de circulation, etc.)

4°/ Utiliser pour cela la réglementation existante, c'est-à-dire la déclaration obligatoire des morsures même bénignes auprès des vétérinaires sanitaires en la renforçant par une évaluation de la dangerosité.

5°/ Faire un travail de fond d'information, de prévention auprès des pouvoirs publiques, des éleveurs ou importateurs de chiens, des maîtres, des enfants dans les écoles…

6°/ Evaluer l'efficacité de ces mesures

Evaluation des chiens dangereux

 

LA SITUATION POUR LES SEMAINES À VENIR

Le ministère de l'intérieur envisage très rapidement le :

  • Renforcement des pouvoirs des maires et des préfets en modifiant l'article 611 -11 du Code Rural en adjoignant une présomption de "danger grave et immédiat dès qu'une infraction à la loi est constatée (chiens de catégorie pas en laisse et pas muselés).
  • Renforcement des équipes sur le terrain et équipement du matériel nécessaire.

Le directeur de cabinet adjoint de Nicolas Sarkozy a affirmé que la procédure d'urgence comprenait le recours au DSV qui devait s'appuyer sur l'avis d'un vétérinaire. Il a assuré que les préfets ne souhaitaient pas aller au delà des recommandations des vétérinaires sanitaires.

Réglementation chiens mordeurs

 

CONCLUSION

La situation actuelle risque d'évoluer très vite, la profession est la mieux placée pour agir et répondre efficacement au problème des chiens dangereux. Mobilisons-nous pour qu'un message rationnel et scientifique soit entendu à tous les niveaux !

 

Agressivité chez le chien

Annexe 1

Naissances enregistrées au LOF.

  Races 1995 2001 2004
1 Berger allemand 14309 11830 10908
2 Retriever labrador 8120 9677 7778
3 Retriever golden 2288 6461 7347
4 Cavalier king Charles 2660 4169 6071
5 Epagneul breton 5168 5763 5353
6 American staffordshire terrier 348 3486 5308
7 Rottweiler 2625 6381 5201
8 English cocker spaniel 2808 4104 4953
9 Setter anglais 4698 5749 4860
10 Yorkshire terrier 5801 4866 4849
11 Berger beauceron 3455 3907 3844
12 Berger malinois   3161 3668
13 Bouledogue français 606 1718 3168
14 Teckel à poil dur   2997 2922
15 West Highland white terrier 2803 3021 2624
16 Boxer 2161 2561 2565
17 Bouvier bernois 1101 2220 2392
18 Beagle 1708 1969 2340
19 Shih-tzu 2485 2094 2269
20 Dobermann 1957 2323 2119

 

Annexe 2

LES VICTIMES de morsure ayant entraîné des soins hospitaliers : Etude du SCHIRPT (hôpitaux canadiens sur 120000 morsures)

Enfants de moins de 10 ans
Environnement connu
Animal bien connu
Blessures à la tête et au visage, donc risque de séquelles


 

Conception, mises à jour : Karine SANCHE (KDJ Webdesign)

Thèmes du site : agressivité chien - comportement du chat - comportementaliste vétérinaire - conférences comportement animal - congrès comportement animal - éthologie animaux - hiérarchie chien - hyperactivité chien - morsures chien - problème de comportement chien - propreté chien - soin animaux - thérapie comportementale animal - traitement comportement - vétérinaire comportement - conseils éducation - éducation chien - éducation chat - comportement chien -